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Menu engineering : classer tes plats pour gagner en marge

Le menu engineering classe chaque plat selon sa marge et ses ventes. Voici la méthode en 5 étapes, avec un exemple chiffré sur six plats, pour savoir quoi pousser, corriger ou retirer.

Équipe ROOT

Gestion de restaurant, sur le terrain

Publié le
Menu engineering : classer tes plats pour gagner en marge

L’essentiel en 30 secondes

  • Le menu engineering croise la marge en euros et la popularité de chaque plat pour le ranger en étoile, cheval de guerre, énigme ou chien.
  • Il se calcule avec des coûts matière fiables, un mois de ventes et la règle des 70 % pour la popularité.
  • Les chevaux de guerre se corrigent en prix, grammage ou achat. Les énigmes se travaillent par la mise en avant.
  • Chaque modification de carte impose de revérifier prix, allergènes, origine des viandes et mention « fait maison ».
  • Teste les leviers psychologiques un par un : ils ne reposent sur aucune source solide.

Le menu engineering est une méthode qui classe chaque plat de ta carte selon deux critères : ce qu'il rapporte et ce qu'il se vend. Tu sais ainsi quels plats pousser, lesquels corriger et lesquels retirer. Voici comment le faire, avec un exemple chiffré sur une carte de six plats, sans logiciel compliqué.

La méthode a été formalisée en 1982 par Michael Kasavana et Donald Smith, de la Michigan State University. Elle part d'un constat simple : un plat très vendu n'est pas forcément un plat qui rapporte, et un plat qui rapporte beaucoup peut rester invisible sur la carte.

Le menu engineering n'est pas réglementé. C'est un outil de gestion. En revanche, la carte que tu modifies grâce à lui doit respecter les règles d'affichage et d'information du client, on y revient plus bas.

Pourquoi s'y mettre maintenant ? Dans son enquête sur l'activité, l'UMIH fait état de baisses pouvant atteindre 20 % voire plus pour certains établissements. Quand le volume baisse, chaque couvert doit mieux rapporter.

02Les quatre catégories de plats

Chaque plat tombe dans l'une de ces quatre cases, selon sa marge et sa popularité.

CatégorieMargePopularitéCe que ça veut dire
ÉtoileÉlevéeÉlevéeTon moteur : à protéger
Cheval de guerreFaibleÉlevéeIl se vend bien, mais rapporte peu
ÉnigmeÉlevéeFaibleIl rapporte, mais personne ne le commande
ChienFaibleFaibleIl occupe de la place sur la carte pour rien

Attention : la marge dont on parle ici est la marge en euros par assiette (prix de vente HT moins coût matière), pas le pourcentage. Un plat à 30 % de coût matière sur un prix élevé peut rapporter plus qu'un plat à 20 % sur un petit prix.

03Comment faire un menu engineering en 5 étapes

1. Rassemble les trois données par plat

Pour chaque plat, il te faut :

  • le prix de vente HT (ton prix TTC divisé par 1,10 pour la restauration sur place, à adapter si tu as plusieurs taux) ;
  • le coût matière de la fiche technique ;
  • le nombre de ventes sur une période, un mois par exemple.

Si tes coûts matière sont approximatifs, tout le reste l'est aussi. Commence par calculer ton food cost proprement, assiette par assiette.

2. Calcule la marge en euros de chaque plat

C'est le prix de vente HT moins le coût matière. Multiplie ensuite par le nombre de ventes pour obtenir la marge totale du plat.

3. Calcule la marge moyenne pondérée

Additionne les marges totales de tous les plats, puis divise par le nombre total de plats vendus. Ce chiffre est ton seuil de marge : au-dessus, un plat est « rentable », en dessous, il ne l'est pas.

4. Fixe le seuil de popularité

La règle la plus répandue, héritée de la méthode d'origine, est celle des 70 %. Tu divises 100 % par le nombre de plats de la catégorie, puis tu prends 70 % du résultat. Avec six plats : 100 / 6 = 16,7 %, puis 70 % de 16,7 % = 11,7 % des ventes.

Un plat est « populaire » s'il dépasse cette part. Compare toujours des plats de même famille : entrées avec entrées, plats avec plats, desserts avec desserts.

5. Classe, puis décide

Place chaque plat dans sa case et choisis une action par plat. Une seule modification à la fois, sinon tu ne sauras pas ce qui a fonctionné.

04Un exemple chiffré sur six plats

Prenons une brasserie qui sert 1 000 plats principaux par mois, avec six références. Tous les prix sont HT.

PlatPrix HTCoût matièreMarge/assietteVentesMarge totale
Tartare de bœuf15,00 €5,40 €9,60 €2202 112 €
Burger maison11,50 €3,80 €7,70 €2802 156 €
Risotto champignons11,00 €2,20 €8,80 €90792 €
Pavé de saumon14,00 €6,20 €7,80 €2401 872 €
Salade de chèvre chaud9,50 €2,60 €6,90 €110759 €
Souris d'agneau18,00 €8,10 €9,90 €60594 €

Marge moyenne pondérée : 8 285 € de marge totale divisée par 1 000 plats vendus, soit 8,29 € par assiette.

Seuil de popularité : 11,7 % de 1 000 plats, soit environ 117 ventes.

Voici le classement :

  • Étoile : le tartare (9,60 € de marge, 220 ventes).
  • Chevaux de guerre : le burger (7,70 €, 280 ventes) et le saumon (7,80 €, 240 ventes).
  • Énigmes : le risotto (8,80 €, 90 ventes) et l'agneau (9,90 €, 60 ventes).
  • Chien : la salade de chèvre (6,90 €, 110 ventes).

Les décisions qui en découlent

  • Burger : passer de 11,50 € à 12,00 € HT. Si les 280 ventes tiennent, ça fait 280 × 0,50 = 140 € de marge en plus par mois.
  • Saumon : même hausse de 0,50 € HT, soit 240 × 0,50 = 120 € par mois. Autre option : renégocier le prix du poisson ou revoir le grammage.
  • Risotto : le passer en suggestion du jour et le faire proposer par la salle. On suppose que la moitié des clients de la salade, soit 55, le choisissent à la place, avec une salade retirée de la carte. Gain : 55 × (8,80 − 6,90) = 104,50 € par mois.

Total : environ 364 € de marge brute en plus par mois, soit près de 4 400 € sur l'année. Et cela, sans un client de plus. Ce sont des hypothèses de volume stable, à vérifier sur le terrain après un mois.

Pour affiner les hausses de prix, regarde aussi comment fixer le prix de vente d'un plat et ce que représente la marge brute par plat.

05Que faire de chaque catégorie

CatégorieActions possibles
ÉtoileNe pas toucher à la recette. Garder une place visible sur la carte. Surveiller le coût matière.
Cheval de guerreAugmenter légèrement le prix, revoir le grammage, renégocier les achats, ajouter un supplément.
ÉnigmeMieux la placer, la renommer, la faire suggérer en salle, la proposer en plat du jour.
ChienRetravailler la recette ou la remplacer. La retirer si elle ne sert aucun besoin (végétarien, enfant, etc.).

Les leviers de présentation : à tester, pas à croire

On lit partout les mêmes conseils : placer un plat cher en tête de section pour servir de repère, supprimer le sigle € sur la carte, limiter le nombre de références par catégorie à 7 ou 8. Ces conseils circulent surtout chez des éditeurs de logiciels, sans étude solide derrière.

Ils peuvent marcher, ou pas, chez toi. Teste-les un à la fois et compare les ventes avant et après. Ta clientèle est la seule référence valable.

Chaque changement de carte déclenche des obligations. Voici les points à vérifier avant de réimprimer.

  • Prix : ils doivent être affichés à l'intérieur et à l'extérieur, avec des cartes identiques disponibles à l'intérieur. Le prix s'entend service compris, et sur un menu, tu indiques si la boisson est comprise. La fiche de la DGCCRF détaille ces règles. Un QR code seul ne remplace pas l'affichage obligatoire : vérifie ce point si ta carte est en ligne.
  • Allergènes : les 14 allergènes réglementaires doivent être signalés, par écrit, sans que le client ait à les demander. Le document doit refléter la carte réelle. Chaque plat ajouté ou recette modifiée impose donc une mise à jour. Notre article sur l'affichage des 14 allergènes fait le point.
  • Origine des viandes : l'obligation d'indiquer l'origine s'est étendue à d'autres viandes que le bœuf. Vérifie la réglementation en vigueur avant de modifier un plat.
  • « Fait maison » : si tu l'utilises, les conditions d'utilisation du logo supposent des plats cuisinés sur place à partir de produits bruts. Un usage abusif t'expose à des poursuites pour pratique commerciale trompeuse. Si tu remplaces une recette maison par un produit transformé, retire la mention.

Pour les montants des sanctions, vérifie directement sur Légifrance : les sources se contredisent sur certains chiffres.

07Les erreurs qui faussent un menu engineering

  • Des coûts matière périmés. Un prix fournisseur qui a bougé de 10 % change le classement d'un plat. Mets tes fiches à jour avant d'analyser.
  • Une période trop courte. Une semaine ne suffit pas. Prends un mois, et évite les périodes exceptionnelles (fêtes, séminaires).
  • Mélanger les catégories. Une entrée et un plat n'ont pas le même poids. Analyse par famille.
  • Ignorer les plats d'appel. Un plat peu rentable peut attirer des clients qui commandent aussi boisson et dessert. Regarde le ticket entier avant de supprimer.
  • Tout changer d'un coup. Modifie deux ou trois plats par cycle, mesure, puis recommence.

08Comment le faire avec ROOT

À la main, le menu engineering demande un tableur, des exports de caisse et de la patience. Ça fonctionne, mais le calcul vieillit vite dès qu'un prix change.

Dans ROOT, les fiches techniques calculent le coût matière de chaque plat. La mercuriale suit tes prix fournisseurs dans le temps, et si tu utilises Zelty, les ventes arrivent chaque nuit. Le module de menu engineering classe alors tes plats automatiquement en étoiles, chevaux de guerre, énigmes et chiens. Tu peux ensuite tester un nouveau prix avec la simulation de prix de vente avant de changer la carte.

Menu engineering dans ROOT : classement des plats selon leur marge et leur popularité
Menu engineering dans ROOT : classement des plats selon leur marge et leur popularité

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Questions fréquentes

C'est quoi le menu engineering ?
C'est une méthode d'analyse de carte qui classe chaque plat selon sa marge et sa popularité. Elle distingue quatre catégories : étoile, cheval de guerre, énigme et chien. Elle a été formalisée en 1982 par Kasavana et Smith.
Comment calculer le menu engineering d'un restaurant ?
Pour chaque plat, calcule la marge en euros (prix HT moins coût matière) et le nombre de ventes sur un mois. Compare ensuite à la marge moyenne pondérée et au seuil de popularité de 70 %. Chaque plat se range alors dans l'une des quatre cases.
Quelle différence entre un cheval de guerre et une étoile ?
Les deux se vendent beaucoup. L'étoile rapporte plus que la moyenne de ta carte, le cheval de guerre moins. Pour ce dernier, on cherche à gagner quelques dizaines de centimes par assiette (prix, grammage, achat), sans faire fuir ceux qui l'aiment.
Faut-il supprimer les plats « chiens » ?
Pas automatiquement. Regarde d'abord s'ils répondent à un besoin précis (végétarien, enfant, allergie) ou s'ils attirent des tables qui commandent d'autres plats. Sinon, retravaille la recette ou remplace-la.
Combien de fois faire un menu engineering ?
Une fois par trimestre est un bon rythme pour une carte stable. Refais l'analyse à chaque changement de carte et chaque fois qu'un prix d'achat important bouge. Avec une carte qui change souvent, un suivi mensuel est plus sûr.

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Écrit par l’équipe ROOT

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